mutation | klein        [2015]

Selon Wagner l’oeil, c’est à dire la vision dans son sens premier, projette vers le dehors tandis que l’ouïe attire au-dedans. Il écrivait : « L’oeil s’adresse à l’homme extérieur, l’oreille à l’homme intérieur ».

Partant de cette observation, notre projet s’articule autour de l’idée que l’on peut mêler un objet à un espace sonore dédié à l’écoute. Et ce afin que tout un chacun puisse dans l’espace de la ville se recentrer vers son intériorité (pour reprendre la formulation de Wagner). C’est l’idée du jardin sonifère (développée par R. Murray Schafer dans Le paysage sonore), un espace qui au lieu d’être dédié à la propriété immobilière, serait une sorte de sanctuaire sonore : un lieu dans lequel la nature pourrait parler de sa propre voix et où l’homme y trouverait l’apaisement par l’écoute dans un interstice, à l’abri de la pollution sonore du monde moderne. Il s’agit de retrouver à travers cet instrument une attitude d’écoute à l’égard du monde.

Plus concrètement, l’objet que nous souhaiterions développer serait une sorte d’instrument : mi- objet mathématique, mi- harpe éolienne. Un objet qui chante. Il s’agit d’un instrument dont la fonction serait de bercer l’observateur par la voix du vent.

Cette harpe éolienne prend pour base formelle une surface de Klein. Le volume a ensuite subi des mutations grâce à un algorithme itératif (plus littéralement une boucle). La définition étant paramétrique, les possibilités formelles sont pléthoriques. Ainsi, pour répondre aux contraintes requises par la nécessité pour l’objet d’être  un instrument et de s’intégrer à son environnement, il a été soumis à un algorithme évolutionnaire à plusieurs objectifs. Il s’agit d’un algorithme qui fait évoluer un ensemble de solutions (limité au possibilités qu’offrent les paramètres), dans l’optique de trouver les résultats qui satisfont le plus les objectifs fixés. Dans notre cas, les trois critères de sélection étaient : la maximisation de la diagonale (afin d’optimiser la longueur des cordes de la harpe), la planéité des surfaces hautes et basses (afin d’assurer la stabilité de l’objet) et la maximisation du ratio de la largeur sur la hauteur plus la profondeur.

L’objet (actuellement à l’état de maquette), serait construit en strates de bois et l’intérieur serait creux dans le but de créer une caisse de résonance pour les cordes.

La forme actuelle maximise la portance au vent afin de pouvoir exciter les cordes quelle que soit la direction du vent.

© tristan soreau, 2015 |

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