memorylane        [2015]

Memorylane est une application dont l’objet est d’être un réceptacle pour une mémoire collective. Son objectif est de permettre la mise en commun de souvenirs intimes dans un seul et même espace, ainsi que de pouvoir cartographier cette mémoire à une échelle planétaire. Il s’agit d’un territoire numérique dans lequel les utilisateurs pourraient partager des souvenirs sous forme de photographies, de vidéos, de fichiers audio, de textes et d’objets 3D. Au moment de la mise en ligne du fichier, l’utilisateur attribue un label à son souvenir (tel que « mère » ou « enfance »). Ensuite, les souvenirs ainsi mis en ligne sont regroupés dans un espace numérique tridimensionnel par label. C’est à dire que tous les souvenirs comportant la mention « mère » forment ensemble un nuage de contenu. Il en est de même pour les contenus ayant un label différent. Il est ensuite possible pour l’utilisateur de se déplacer dans ce territoire à trois dimensions, comme on le ferait dans un jeu vidéo en vue à la première personne ou dans un logiciel de conception assistée par ordinateur.

Depuis que les hommes dessinent sur les murs des grottes,  nous tentons de fixer notre mémoire sur un support. Depuis la nuit des temps il nous est difficile de se rappeler alors qu’il nous est facile d’oublier.  La mémoire numérique met en évidence la finitude de notre vie.  Si demain je disparais, cette mémoire alternative continuera. A l’ère numérique, le standard est la conservation de la mémoire, et c’est l’oubli qui est souvent oublié. Alors comment réinventer notre mémoire ?  Peut-être en s’accaparant celle des autres et en la faisant sienne.

Memorylane part de l’observation que la mémoire sur internet est fugace (bien que techniquement tout soit conservé), dans le sens où les moteurs de recherche (généralistes ou des réseaux sociaux) privilégient les contenus récents ; à tel point que certaines publications disparaissent dans les limbes de l’internet. Si le projet est financé, il permettrait d’observer la construction d’une mémoire collective à une échelle planétaire. On pourrait en observer les évolutions et les singularités. De surcroît la construction d’une mémoire pérenne habiliterait la concession d’un legs aux générations futures. Il s’agit d’envisager la mémoire en terme de territoire, de topologie ou de trajectoire plutôt qu’en terme chronologique. Memorylane invite l’utilisateur à naviguer dans un océan mémoriel où des archipels de souvenirs intimes ou collectifs émergent, grandissent jusqu’à ce que de réels continents prennent place. Si l’application est effective, on espère pouvoir y observer une expansion perpétuelle. De la même manière que l’hypothétique matière noire de l’univers s’étend à l’infini, la mémoire pourrait constituer un territoire sans limites.

 

Ce projet a été grandement influencé par le travail et la réflexion sur la mémoire de Chris Marker ; notamment par le CD-ROM Immemory (1997), qui avec les moyens techniques de l’époque était déjà une tentative de construire une cartographie d’une mémoire à la fois collective et intime.

 

 

 

 

© tristan soreau, 2015 |

soreau.tristan@gmail.com |

+33(0)6 85 85 55 45