carnets

 Je l'entendais là haut, à travers les murs. Elle prétendait capturer ces instants où l'actuel et le virtuel se télescopent. C'était sa tentative tout au moins. Son instrument, par un miracle « paramnétique » lui permettait de vivre les choses à l'identique. C'était un exercice de correction, une gageure : celle de retrouver les images manquantes.

 

 

 

 

 

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Puis il acquiesça, silencieusement. Ensuite,  il pointa de son doigt ce qu'il nommait apeiron, loin au-delà des possibles.

Il déclara qu'il en avait la certitude désormais, un autre lui, un autre nous, un autre moi demeurait par-delà les nuages. Tout à l'identique.

Après, il désigna cet arbre, battu par le vent. Celui qui me réveillait la nuit durant mon enfance. Et il affirma que ses racines, son tronc, ses branches, ses feuilles, à leur tour aussi avaient une existence double - ou peut-être était-ce triple?

 

 

 

 

 

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Il m' écrivait qu'après 90 longues années à vivre, Il rêvait toujours de ces incendies à l'autre bout de l'univers. Cette fascination qu'il avait pour ces brasiers blancs que sont les étoiles remontait à sa plus tendre enfance. Ces feux fantômes, ces foyers spectraux ont hantés toute sa vie.

 

Il m'écrivait que lorsqu'il ouvrait les yeux vers le ciel nocturne pour les refermer aussitôt, la sensation de lumière qu'il éprouvait condensait une histoire extraordinairement longue.  Assurément cette lueur immémoriale qu'il contemplait émanait d'un temps où aucun être ne pouvait observer son incandescence. Mais cette clarté ancestrale, arrachée au néant, n'occupait qu'un instant de sa conscience. Et c'est là toute la beauté de ce qu'il m'écrivait. Toute la grâce résidait dans le fait qu'une période immense séparait l'observateur de l'objet observé ; et en une fraction de seconde sa rétine impressionnait des trillions d'oscillations antédiluviennes.

 

 

 

 

 

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Je déambule entre deux monolithes de ciment - éclats de paysage dévasté.

J'ai le sentiment d'être perdu entre deux infinis. Quelle sensation étrange que d'avoir l'impression de se réveiller dix ans après au milieu des mêmes décors, des mêmes murs, des mêmes fenêtres,...Voilà combien de saisons maintenant? C'est comme une amnésie du futur ; seul subsiste un fragment intact, un fragment de rêve, comme un hologramme brisé. Mais, était-ce hier ou aujourd'hui? Je vous l'ai certainement déjà dit demain.

 

 

 

 

 

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